Feydeau au Palais Royal
Faire régulièrement un petit tour au théâtre faisait donc partie de mes bonnes résolutions pour cette année 2010 ; le genre de résolution pas vraiment compliquée et qu’il est donc possible de tenir, parce que les autres c’est pas trop ça… Mais jusque là en guise de spectacle vivant, j’avais surtout vu des comiques ; j’ai d’ailleurs vu peu de vraies pièces de théâtre dans ma vie quand j’y pense, quelques représentations étudiantes, un tour à la Comédie Française en prépa mais je crois que c’est tout. Je ne suis vraiment pas fan du théâtre filmé que la télévision nous diffuse de plus en plus, le rythme de l’écran est différent de celui de la scène et ce genre de programmes ne rend hommage ni au texte, ni à la mise en scène, ni même aux acteurs. Et puis le charme du théâtre est aussi dans le lieu qui accueille le public.

On purge Bébé : Monsieur Follavoine cherche à décrocher le marché des pots de chambre incassables à destination de l’armée française. Pour tenter de conclure l’affaire, il invite à dîner Chouilloux, fonctionnaire influant du ministère des armées, son épouse et l’amant de celle-ci. Mais ce jour-là, le fils Follavoine est constipé et ne veut pas prendre sa purge… et rien ne se passe comme prévu.
Léonie est en avance : Léonie est sur le point d’accoucher avec un mois d’avance. Les mauvaises langues se délient, Les règlements de compte et les mesquineries entre beaux-parents et gendre vont bon train, l’arrivée d’une sage-femme tyrannique finit de chambouler toute hiérarchie dans la maison, et ce qui devait être un moment de joie va tourner à la catastrophe
Alors il y a deux semaines tout pile, profitant de places gagnées en ligne, j’ai embarqué M. pour une soirée Feydeau au Théâtre du Palais Royal. Deux noms qui évoquent pour moi un monde bien différent, celui des parisiens qui sortent, de ceux qui parfois n’ont même pas de télé mais lisent les pages spectacles des quotidiens. Je ne savais donc pas du tout à quoi m’attendre, si ce n’est que je connaissais le lieu pour passer de temps en temps dans ces ruelles qui entourent le Palais Royal. L’expérience « théâtre » commence dès le restaurant italien en face de la salle, où demandant si le service serait assez rapide on nous a tout de suite répondu que nous serions à l’heure pour la représentation ; c’est con mais ça fait plaisir. Finalement nous voilà à nos sièges attendant que le rideau se lève ; la salle, très classe, est étrangement peu remplie. Et les lumières s’éteignent.

On commence avec On purge bébé et pas très fort, les premières minutes me laissent perplexe. Et puis le rire vient et il ne repartira pas de toute la pièce. Le texte est rapide, précis et fait mouche. Les acteurs exécutent la partition avec brio, un vrai plaisir. Malheureusement beaucoup moins vrai après l’entracte avec Léonie est en avance. Centrée principalement sur l’actrice principale incarnant la sage-femme, la pièce délaisse les ping-pongs verbaux pour un comique de personne ; tout ce que je déteste dans la comédie, que ce soit chez De Funès ou Eddie Murphy. Donc beaucoup moins emballé par la deuxième partie, tout comme la salle dans son ensemble d’ailleurs. Mais s’il y a bien une variable certaines dans ces deux pièces, ce sont les acteurs. Cristiana Reali est parfaite, d’abord en femme bourgeoise capricieuse puis en sage-femme enlaidie et vulgaire ; Pierre Cassignard lui offre une réplique sans erreur, toujours en mari dominé. Mais la performance la plus impressionnante est sans aucun doute celle de Dominique Pinon, qui nous en met plein la vue ; on le savait très bon grâce aux films de Jeunet, je ne lui connaissais pas ce génie.
Invité et en charmante compagnie, ce fut une très bonne soirée ; malheureusement la deuxième partie affaiblit trop l’ensemble pour vraiment justifier le prix de la représentation. Mais si vous aimez Feydeau et/ou voulez vous faire un avis par vous-même, c’est jusqu’au 24 avril au Théâtre du Palais Royal.








